le vendredi 19 février 2021 | 59

Les loups gris restent une cible : battons-nous !


Mis à jour le 19 février 2021

Vulnérables, les loups gris restent une espèce menacée en France. Et s’ils sont protégés par la réglementation européenne, le gouvernement multiplie contre eux les arrêtés d’autorisation de tirs de prélèvement. Nous venons d’obtenir une victoire devant le Conseil d’État. Mais le gouvernement s’acharne. Pour protéger les loups gris, One Voice a déposé deux nouveaux recours pour excès de pouvoir contre les arrêtés d’octobre 2020.

Hr blog

Avec une population estimée à 580 individus, les loups gris ont dépassé le seuil de « viabilité démographique » en France. Une bonne nouvelle certes, mais qui ne doit pas occulter la précarité de la population lupine. Canis Lupus reste une espèce dite « vulnérable », classée comme telle sur la liste rouge des espèces de mammifères menacées en France établie par l’UICN.

Protégés par la réglementation européenne, les loups gris ne peuvent faire l’objet de tirs que « lorsque tous les autres moyens ont été tentés pour l’éviter ». Pourtant, les tirs de « prélèvement » se multiplient chaque année en France. Des dizaines de loups y succombent. Les louveteaux ne sont pas épargnés.

Une victoire mais...

Depuis le milieu des années 2000, les ministères se succèdent mais la politique reste la même : elle ne cesse de porter atteinte à la population lupine à coups de dérogations à la protection stricte du loup. Ainsi, un arrêté dit « cadre » fixe les conditions et limites d’octroi des dérogations, tandis qu’un arrêté dit « plafond » fixe quant à lui le nombre maximum de spécimens pouvant être tués annuellement. En 2019, deux arrêtés dits « expérimentaux » ont complété les arrêtés « cadre » et « plafond ». Ils ont permis d’augmenter le nombre de loups pouvant être tués, portant celui-ci à 17 % au lieu des 10 % fixés précédemment.

Nous avons attaqué ces deux arrêtés expérimentaux au motif que la condition d’urgence n’était pas remplie. Le Conseil d’État vient de nous donner raison : il annule partiellement les deux arrêtés, notamment : 

La possibilité de prélever encore 2 % de plus quand le plafond de loups tués sur une année civile est atteint au moyen des tirs de défense mixte et de tirs de prélèvement simples.

... le cauchemar continue

Bien sûr, nous nous réjouissons de cette victoire qui nous donne raison sur le fond. Pourtant, l’acharnement du ministère de la Transition écologique et du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation nous révolte. Le 23 octobre 2020, deux nouveaux arrêtés « cadre » et « plafond » ont été adoptés. Ils reprennent l’essentiel des dispositions des arrêtés dits « expérimentaux » de 2019. Le plafond est fixé à 17 %, avec possibilité pour le préfet coordonnateur du plan national d’actions (PNA) loup de fixer un plafond à 19 % puis à 21 %.

Ecœurés par cette politique infondée, basée sur la régulation par les tirs au lieu d’être animée par la volonté de conserver l’espèce, nous portons plainte pour excès de pouvoir devant le Conseil d’État.

Dénoncée par le Conseil National sur la Protection de la Nature, cette politique n’a aucun fondement. Disons-le : elle est criminelle. L’Office Français pour la Biodiversité en pointe clairement les effets mortifères. Le taux de survie des loups gris est passé de 74 % avant 2014 à 58 % pour la période 2014-2019. Des chiffres alarmants, clairement imputables à la gestion de nos gouvernants.
Par ailleurs, l’étude publiée par le Museum National d’Histoire Naturelle et l’OFB en février 2019 établit clairement une absence de corrélation entre le nombre de tirs et le volume des dégâts subis par les élevages. Pourtant, au 2 novembre 2020, 97 loups avaient été abattus. Ce chiffre nous glace.

One Voice attaque les deux arrêtés adoptés le 23 octobre 2020 et publiés le 29 octobre dans le Journal Officiel. Elle en demande l’annulation sur le fond par recours pour excès de pouvoir.

Sophie Dussaussois
Hr blog

Dans la thématique

Loups : le bras de fer avec l’État français continue Face à la mort programmée des loups des Deux-Sèvres, plainte déposée

Commentaires 59

En déposant un commentaire j'accepte la charte de modération des commentaires.

Nathalie MALOD | vendredi 10 septembre 2021

Je suis pour la protection des loups gris en France. La politique d'abattage du gouvernement français est scandaleuse et écoeurante ! Des tirs "expérimentaux" qui deviennent la règle, un plafond d'abattage toujours plus grand d'année en année... c'est aberrant, absurde et sans aucun fondement. Le taux de survie de la population de loups a même baissé à cause de cette politique de tirs, qui n'est autre qu'une volonté de stopper l'expansion naturelle de l'espèce dans notre pays. Il y a déni des textes européens, déni du rôle et de l'importance de la présence de ce grand prédateur dans l'écosystème, malgré les multiples études et rapports scientifiques. Juste la volonté d'acheter la paix sociale face aux pressions des éleveurs d'ovins et des syndicats agricoles, dont beaucoup refusent d'adapter leurs pratiques. Pourtant, il existe des solutions et des moyens moins radicaux pour protéger les troupeaux que de tuer les loups ! Cette profession doit s'adapter au retour de ce prédateur dans notre pays comme d'autres pays européens ont sû le faire, et où la cohabitation fonctionne malgré une population de loups bien supérieure à la nôtre et où on ne les tue pas! Stop aux pressions et respect du droit européen. Qu'on laisse suffisamment de proies sauvages aux loups si on ne veut pas qu'ils s'attaquent de façon opportuniste aux troupeaux mal protégés ! L'Etat a une attitude criminelle, les éleveurs sont responsables de cette situation, et les braconniers se sentent forts car il règne un sentiment d'impunité intolérable !! Tuer des loups ne résoudra pas les problèmes de la filière ovine ! Stop à cet acharnement contre les loups en France !! Il faut les protéger VRAIMENT. Travaillons à la cohabitation et à la restauration de l'image du loup en France. C'est une question de bon sens écologique, de respect de la nature et de la biodiversité, que l'on détruit à outrance et qui se meurt. Les vieilles croyances et l'électoralisme font des dégâts sur la population de loups en France, ça suffit ! Que d'ignorance, d'incompétence, d'inconscience de la catastrophe à laquelle tous participent !... L'Etat doit absolument réagir et changer radicalement sa politique à l'égard du loup gris en France pour le protéger réellement !

Ninon | mercredi 03 mars 2021

Tuer les loups est le plus grand plaisir des chasseurs. Comment le Président pourrait-il leur refuser cet immense plaisir alors qu'ils sont ses plus fidèles électeurs? Il serait sage de réglementer sévèrement les fermiers qui ne respectent pas leurs obligations en matière de protection de leur troupeaux dans les pâturages. Ainsi, les priver de toute prime les ferait réfléchir.

Poupette | mercredi 03 mars 2021

Le loup ne doit pas disparaître, il joue un rôle important dans l'équilibre de la nature. Certains éleveurs l'ont reconnu et sont pour son maintien. Malheureusement ils ne sont pas assez nombreux à penser la même chose. Que laisserons-nous à nos enfants si nous supprimons tout ce qui dérange? Je souhaite que le gouvernement ne condamne plus cet animal systématiquement sur la pression des éleveurs qui ont la possibilité de préserver leurs troupeaux par des moyens moins radicaux comme certains de la profession le font déjà.
Longue vie aux loups gris.

Lune | mardi 02 mars 2021

Mais arrêtons de tout détruire, tuer, autour de nous, pour pallier nos manques. Il est certes plus facile de faire disparaître les loups de la terre que de protéger les troupeaux. Nous sommes déjà sur un champ de ruines, arrêtons.